Difficulté : Plutôt facile
Préparation : Assez rapide
Quantités : Pour 8 personnes en dessert (ou moins si il y a des gourmands)
C'est le far le plus connu de la cuisine bretonne, mais il est souvent mal compris et mal dégusté à mon avis.
On voit souvent que le far breton était à la base une bouillie de sarrasin et qu'il a progressivement évolué pour donner la version moderne. Mais si vous avez lu mes petites histoires sur le farz buen ou le kig ha farz, vous savez déjà que ça ne reflète pas vraiment la réalité.
En fait, le problème vient du nom du plat en français. Quand on dit "far breton", on recherche l'origine du "far" en règle générale et pas du "farz forn" en particulier, son nom breton. Or, le "far" désigne à la base toute préparation à base de blé, noir ou froment, dans la région. C'est pour ça que des préparations comme le "pudding" du kig ha farz, les "pâtes" sucrées du farz buen ou la crêpe épaisse qu'est le far à la poêle sont tout autant appelés "far".
Pour faire un parallèle, c'est comme chercher l'origine du bánh bao vietnamien avec le terme "bánh" uniquement et tomber sur des crêpes, des nouilles ou des sandwichs en pensant que ce sont les ancêtre de la brioche vapeur. Ou, pour une comparaison plus proche de nous, c'est comme chercher "küchen" dans la cuisine allemande et tomber autant sur une fine tarte salée que sur des pancakes ou un cheesecake, puis chercher à expliquer l'origine de l'un avec l'autre.
Bref, il faut se recentrer sur ce qu'est le farn breton en breton, à savoir un "farz forn". "Forn" est un terme breton assez transparent puisqu'il pourrait se traduire par "au four". Vu que les farz buen et pitilig sont assez peu connus même en Bretagne et que le far du kig ha farz est souvent considéré comme étant à part, on a l'habitude de considérer le farz forn comme le far. Mais quand on sait que sa caractéristique principale est d'être enfournée, ça n'a pas beaucoup de sens de considérer une bouillie de céréale comme son origine. Il semblerait que les premières versions de far au four intégraient parfois de la farine de sarrasin, mais rien de certains. Il est en tout cas probablement arrivé en même temps que le four individuel et surtout le sucre de betterave dans les maisons, c'est à dire plutôt récemment en Bretagne, aux environs du XIXème siècle voir plus tard.
Le far peut-être fait nature ou avec une garniture de fruits secs, la version la plus connue étant aux pruneaux. Et oui, jusqu'à ce qu'on puisse me prouver le contraire, c'est à mon sens une version tout à fait traditionnelle. Je vois régulièrement des gens évoquer que le far traditionnel est uniquement nature mais je ne sais pas d'où ça vient. Les marins des XIXème et XXème siècle échangeaient régulièrement la morue pêchée dans les eaux froides du Nord à Bordeaux contre les fameux pruneaux d'Agen, mangés comme tel ou conservé dans le rhum par les marins pour leur apport en vitamine C. Beaucoup de familles semblent avoir développé des recettes de far nature, mais la version aux pruneaux qui est probablement arrivée peu de temps après ne me semble pas moins légitime. Non mais.
Ah, et on lit parfois que le far était un gâteau emporté par les marins pour lutter contre le scorbut. J'ai des doutes, ou alors depuis très récemment et juste pour lutter contre la faim. Le gâteau se conserve bien moins longtemps que certaines autres spécialités et les pruneaux perdent toute leur vitamine C à cause de la cuisson assez brutale du far.
La seule bonne raison pour mettre des pruneaux dans un far, c'est parce que c'est super bon quand on aime ça, voilà tout. Bon, il y a aussi une autre raison, cest qu'avec les pruneaux le far va avoir tendance a prendre plus d'épaisseur à moule équivalent et on peut trouver ça plus agréable.
Le far aux pruneaux, plus épais
Le far sans pruneaux, avec les mêmes quantités dans le même moule, moins épais
Pour le service, on conseille souvent de manger le far tiède voir froid, et il est souvent proposé comme tel dans les pâtisseries et boulangeries. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a une si grosse dose de sucre par rapport à la farine, parce qu'il risque sans ça d'être très fade.
Je trouve pour ma part que, comme pour les autres types de far ou même pour les crêpes, c'est un très mauvais conseil. Pour moi, le far se mange chaud, reposé à peine 15 minutes après la sortie du four, une fois qu'il s'est dégonflé et qu'il a un peu reposé. Bien sûr, on peut le laisser reposer un peu plus longtemps, le manger tiède et il sera tout de même très bon, mais je ne pense pas qu'il faille dépasser l'heure de repos.
C'est en tout cas comme ça que je me suis rendu compte que j'adorais le far breton, alors qu'il faisait partie avant ça des spécialités bretonnes que j'aimais le moins et je refusais toujours d'en manger plus petit.
Ah, et si vous avez des restes et que vous le sortez du frigo, je vous conseille très fortement de lui faire faire un tour de micro-onde. Vous n'aurez plus le léger croustillant du dessus, c'est sûr, mais ça fonctionne tout de même très bien.
Ingrédients
- 200 g de farine
- 200 g de sucre
- 2 sachets de sucre vanillé
- 4 œufs
- 500 ml de lait
- 50 g de beurre salé
- 400 g de pruneaux (optionnel)
- De l'eau tiède mélangée ou non avec du rhum
Réalisation
- Préchauffer le four à 230 degrés Celsius et placer le beurre dans un moule rond ou carré d'environ 30 cm (ou moins si les pruneaux ne sont pas utilisés).
- Dénoyauter les pruneaux et les faire tremper dans l'eau tiède et le rhum (optionnel).
- Mélanger la farine et le sucre dans un grand saladier et battre les œufs et le lait dans un bol de manière homogène.
- Une fois le four chaud, placer le moule au milieu avec le beurre.
- Pendant que le beurre fond, ajouter la première moitié du mélange d'œufs et de lait à la farine et au sucre et battre avec un fouet pour obtenir un rendu uniforme et sans grumeaux. Ajouter ensuite la seconde moitié et bien mélanger.
- Sortir plat du four, vérifier que le beurre fondu a pris une belle couleur dorée, y placer les pruneaux (si utilisés) et y verser la pâte. Remettre au four en baissant la température à 210 degrés Celsius.
- Enfourner pour 30 minutes, sortir et laisser reposer quelques minutes avant de servir encore chaud.
Kalon digor !
Qu'on pourrait maladroitement traduire par "que votre appétit soit ouvert"
Source : La recette de ma sœur, un peu modifiée, elle même inspirée par la super recette championne du monde de 2025 de cette vidéo.
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