Difficulté : Assez facile
Préparation : Assez rapide
Quantités : pour 4 à 6 personnes
C'est un des gâteaux les moins esthétiques et pourtant les plus délicieux et faciles à faire. C'est aussi le dessert le plus connu du Québec, élu dessert national au même titre que le pâté chinois en tant que plat. Et tout comme lui, c'est un plat généreux issu d'une histoire de pauvreté qui n'est peut être pas totalement véridique.
Le pouding chômeur est un gâteau dont le nom vient incontestablement du mot anglais "pudding" pour désigner autant un gâteau comme ici qu'une crème, un flan ou encore un riz au lait. Quand au mot "chômeur", il évoque l'histoire même de la création du dessert.
L'histoire la plus connue et répétée explique que pendant la Grande Dépression dans les quartiers de Montréal, beaucoup d'ouvriers se sont retrouvés sans emploi. Georgette Falardeau, deuxième femme du tumultueux maire de Montréal Camilien Houde, aurait alors mis au point cette recette pour aider les femmes de ces ouvriers à réconforter leur famille à moindre coût. Les ingrédients d'alors, à savoir la farine, la levure chimique (appelée "poudre à pâte" au Québec), le lait et la cassonade étant bon marché.
Si cette histoire a le même niveau de détails que celle des boulets sauce lapin, elle a l'avantage de s'appuyer sur des personnages ayant réellement existé. La biographie de Camilien Houde est d'ailleurs plutôt passionnante, avec des origines de misères, une ascension fulgurante, des rebondissement et un emprisonnement arbitraire. Je vous conseille le Wikipédia très détaillé à ce sujet. Mais rien ne prouve concrètement à ma connaissance que sa seconde femme ait mis au point ce gâteau. Et plus problématique, il existe un gâteau américain plus ancien et assez similaire appelé "cottage pudding" qu'on s'est empressé de traduire lors de son arrivée en territoire francophone par "pouding chaumière"...
Si la proximité de noms n'est pas complètement convaincante, il suffit de chercher des images sur internet de "cottage pudding" américain pour voir qu'il ressemble à s'y méprendre à notre pouding chômeur. Les versions canadiennes anglophones s'en rapprochent encore davantage. Et pour ne pas s'arrêter à de simples apparences et à un nom, on a un livre publié en 1878 intitulé Directions diverses données par la Révérente Mère Caron Supérieure Genérale des Sœurs de la Providence pour Aider ses Sœurs à Former de Bonnes Cuisinières (oui c'est long comme titre, reprenez votre respiration) qui évoque un "chaumière pudding" qui ressemble fortement à la base d'un poudding chômeur.
Alors est ce que l'histoire de Georgette Falardeau est inventée ? Je ne pense pas. Je crois que le pouding chômeur est simplement une adaptation du cottage pudding avec, à la base, des ingrédients moins chers, créé possiblement comme dans l'histoire qu'on raconte mais pas à partir de rien, et dont l'originalité est qu'il est cuit avec sa sauce caramélisée plutôt que servi avec.
Je précise "à la base" parce que les recettes ont pas mal évoluée et que de nos jours le pouding chômeur n'est plus si bon marché. Certaines recettes incluent des œufs, beaucoup intègrent maintenant du beurre et une bonne moitié des recettes remplacent la cassonade ou la mélasse par du sirop d'érable, un peu comme avec les fèves au lard, également d'origine américaine. J'ai d'ailleurs tendance à réaliser du pouding chômeur en même temps que des fèves au lard pour utiliser plus rapidement le sirop d'érable, qui a tendance à moisir quand on le laisse de côté trop longtemps. Et comme pour les fèves au lard, l'ajout de sirop d'érable fait que le pouding chômeur se retrouve souvent servi dans les cabanes à sucre.
Le gâteau à la sortie du four et après 15 minutes de repos.
Un morceau de croûte caramélisée croustillante du dessus à côté d'un morceau du fond moelleux recouvert de crème d'érable = le paradis.
Même dans l'incorporation du sirop d'érable les versions changent beaucoup, entre réduit avec de l'eau comme la cassonade de la recette de base, avec ou sans sucre ajoutés, ou ma version favorite et assez répandue avec de la crème au sirop d'érable chauffée et répandue sur le dessus. Avec la cuisson,
le sucre du sirop fait une croûte caramélisée sur le dessus et le reste de crème au sirop coule au fond du plat et épaissi. Le résultat est un gâteau croustillant et moelleux recouvert de crème à l'érable quand on le retourne, et quand on aime l'érable comme moi c'est un véritable paradis. Un paradis très calorique à ne pas reproduire trop souvent tout de même, malheureusement.
Pour le sirop d'érable, puisque c'est le principal goût du gâteau, il vaut mieux utiliser un bon produit. On peut utiliser de l'ambré mais j'ai une préférence pour le foncé. Même si c'est plus cher, mieux vaut acheter des cannes (des boites de conserve) de sirop type Produit du Québec ou La Belle Province. On évitera en tout cas les sirops d'érable bas de gamme de supermarché si possible, mais ils devraient faire l'affaire si vous n'avez rien d'autre.
Par contre, n'étant pas américain (et je parle ici du continent), je n'ai pas la même tolérance au sucré et j'ai tendance à diminuer à quantité de sucre de base dans le gâteau. Le sirop d'érable rend déjà ça assez sucré sans avoir besoin de mettre autant de sucre en plus, et encore ma recette risque d'être trop sucrée pour certains alors je vous laisse imaginer. Et puis j'utilise du sucre blanc au lieu du sucre d'érable, dont le pouvoir sucrant est peut être plus élevé.
De plus, j'ai dû faire quelques adaptations d'épaisseur de pâte en ajoutant plus de farine et de cuisson au niveau du four, pour éviter d'avoir un dessus trop cuit ou un intérieur pas assez cuit. Mais en vérité, même avec un peu de sous-cuisson de la pâte à l'intérieur je trouve ce gâteau délicieux. Ca ressemble un peu à la pâte à cookie, mais avec de la crème d'érable. Et pour le service, si vous manquez de sucre, vous pouvez toujours le servir avec de la glace à la vanille comme pour les grands pères dans le sirop.
Ingrédients
- 250 g de farine
- 8 g (1 sachet) de levure chimique
- 50 g de beurre
- 100 g de sucre blanc
- 1 pincée de sel
- 250 ml de lait
- 250 ml de crème liquide à 30%
- 50 g de beurre supplémentaire
- 250 ml de sirop d'érable ( de préférence foncé et de bonne qualité)
Réalisation
- Préchauffer le four à 160 degrés Celsius et préparer le beurre. Dans une casserole sur feu vif, mettre 50 g de beurre, les 250 ml de sirop d'érable et les 250 ml de crème liquide. Porter à ébullition pendant 2 minutes en remuant régulièrement puis éteindre le feu et laisser la casserole sur place.
- Battre le beurre avec le sucre jusqu'à obtenir une consistance crémeuse et y ajouter le lait. Dans un autre grand bol, mélanger la farine, la levure chimique et le sel.
- Ajouter le mélange au lait dans le mélange à la farine petit à petit en fouettant énergiquement pour éviter les grumeaux. Beurrer un plat carré d'environ 20x20 cm et y verser la préparation.
- Verser doucement sur le dessus le mélange au sirop d'érable et enfourner pour 45 minutes à 1h00. Idéalement, un pic à brochette ou une lame de couteau doit pouvoir s'enfoncer et ressortir propre.
- Sortir du four et laisser reposer pendant au moins 15 minutes, le temps que le beurre soit réabsorbé. Servir de préférence chaud ou tiède, en retournant les parts pour faire apparaitre la crème à l'érable et avec ou sans glace à la vanille.
Bon appétit !
Source : La recette efficace et délicieuse du site Erable du Quebec, avec quelques différences de quantités et sur la cuisson et le niveau de sucre.
Ajouter un commentaire
Commentaires